Des manufactures royales à l’artisanat d’Art : Made In France, un dur à cuire 100% français

Arte diffusait samedi 5 décembre un reportage très intéressant sur la naissance du luxe sous Louis XIV porté par Colbert afin de parvenir à faire en sorte que la France devienne souveraine en matière de création. Un reportage riche et équilibré qui enquête dans les entrailles de l’espionnage industriel ayant amené la France à créer le luxe et son savoir-faire actuellement convoité aux 4 coins du monde. Savoir-faire Made In France : pour qui, comment et pourquoi rayonne-t-il encore aujourd’hui et comment se déploie-t-il à l’échelle du staff ?

Un regard 100% Staff Décor.

 

Manufacture de sèvre et savoir-faire

 

Si vous avez regardé les premières minutes du reportage d’Arte L’invention du luxe à la française, vous vous êtes sûrement dit : “Mais en effet, les trésors que possédaient la France venaient d’ailleurs”.

On comprend alors toute la force de conviction du Roi Soleil – malheureusement trop souvent décrié depuis le XIXème siècle – qui a voulu rendre la France indépendante, rendre la France fière de son artisanat d’Art. Parce qu’il avait compris que les copies ne feront jamais l’excellence et que l’on ne peut se contenter de qualités “modestes”, Louis XIV mit au point avec Colbert la création de Manufactures Royales sur l’ensemble du territoire afin d’élever l’hexagone vers toujours plus de maîtrise de son artisanat.
L’énergie du roi et de son ministre ne peut interdire un hochement de tête rempli de circonspection et de nostalgie. Alors que l’heure de la mondialisation a sonné et que les talents sont en fuite, le XVIIème posait quant à lui les bases de ceux qui restent aujourd’hui les fleurons de notre pays.

Les témoins du temps

 

© Mobilier national, Thibaut Chapotot

© Mobilier national, Thibaut Chapotot

Patrimoine architectural, Décoration, Arts de la table, Mode et beauté, Gastronomie, Culture… ces mots ronronnent à notre oreille comme si nous avions tous l’impression d’assister à un jour de rentrée scolaire et d’entendre l’appel de la liste de nos camarades de classe… oui, parce que ces mots nous sont tout simplement familiers. Ils sont évocateurs de sens, de choses avec lesquelles nous avons l’habitude d’évoluer depuis toujours.
Plus haut, nous vous parlions du documentaire de Stéphane Bégoin, coécrit avec Flore Kosinetz. S’il aborde essentiellement les miroirs, la porcelaine et les étoffes, il permet de comprendre qu’on ne s’improvise pas artisan d’art. Les chinois ont bien mis 2000 ans avant d’obtenir une parfaite maîtrise de la porcelaine de Chine… les porcelaines de Sèvre et de Limoges sont le résultat d’une innovation assidue vers le meilleur, parce que savoir-faire Made in France est le fruit de cette quête vers l’absolue perfection.

 

La naissance des compagnies et des manufactures

Si vous vous baladez dans les rues de Saint-Malo, on vous invite ardemment à lambiner jusqu’à l’Hôtel Magon qui vous proposera la visite improbable de la demeure de Auguste Magon de la Lande qui fut Directeur de la Compagnie des Indes orientales. Cette immersion dans l’univers d’un armateur du XVIII est exaltant dans ce qu’il nous offre une lecture grandeur nature de ce que les états attendaient en vitrine de leur prestige dès la découverte des Amériques.
Parce que l’expansion des empires coloniaux est peut-être la clé de ce qui conduira par la suite Louis XIV à inciter Colbert à créer la Compagnie des Indes Orientales d’un côté et celles des Manufactures Royales de l’autre.

Replongeons nous dans le contexte de l’époque.

La découverte des grandes Terres d’Amérique par Christophe Colomb a suscité un intérêt grandissant chez les monarques de l’époque pour les richesses exotiques venues d’ailleurs. Italie, Portugal et Espagne étendent leurs hégémonies coloniales en ramenant de contrées lointaines des parfums venus d’ailleurs qui font rêver et assoient leur puissance face aux pays rivaux et alliés… épices, poivres et autres joyaux rapportés deviennent la monnaie d’un triomphe flamboyant et insolent. Lorsqu’ Elisabeth Ier, reine d’Angleterre,  décide de créer l’East India Company en 1600, une surenchère s’opère mêlant le grand rival de la France dans la conquête de toutes les puissances. Jusque là, la France n’était pas particulièrement attentive à sa production locale même si Henri IV s’agaçait déjà de devoir importer massivement les textiles des Flandres.

Pierre Mignard, L’Automne ou le Triomphe de Bacchus et Ariane, tenture de La Galerie de Saint-Cloud, XVIIe siècle. Photo © Mobilier national

Un précédent avant Louis XIV

Mais, modérons notre discours car la France était déjà culturellement, avant Louis XIV, un grand pays.
François Ier n’avait-il pas veiller à appeler Léonard de Vinci à la cour de France ? N’avait-il invité  Rosso et Primatice à rejoindre Fontainebleau où ils créèrent la première Ecole de Fontainebleau. Il fut le premier monarque à vouloir éblouir à n’importe quel prix les souverains étrangers. Tenons le pour dit : malheureusement parfois maladroitement. La première fois avec le Camp du Drap d’Or qui débordait ostensiblement de fastes et de luxe et durant lequel il fit les frais de l’irritation d’Henri VIII d’Angleterre, qui quelques semaines plus tard s’allia à Charles Quint. Puis avec Charles Quint justement, au Château de Fontainebleau en 1539, lorsqu’il lui imposa 2 mois de festivités en période de Noël alors que ce dernier souhaitait simplement rejoindre Gand afin d’y contenir une insurrection.
Henri VIII était un roi vaniteux et envieux. Charles Quint de son côté était pieux et en quête de simplicité. Il n’est pas sûr que le roi de France trouva en eux les spectateurs idéaux à ses débordements.

On est en droit alors de se demander : comment un roi peut-être pousser à la luxure au point de s’aliéner le courroux de puissances étrangères ?
Alors même s’il est vrai qu’en ce début du XVIème siècle, François Ier alla trop loin et eut une erreur de jugement dans son envie d’éblouir afin de fasciner, il faut bien garder à l’esprit que les autres puissances n’étaient pas en reste et que Art, lettres et Savoir-Faire étaient les apanages de chacun afin d’asseoir la puissance de son pays.
La cour des Médicis en Toscane en est le meilleur exemple.

Paradoxalement, les successeurs de François Ier ne prirent pas ce pli. Sûrement happés par le contexte tendu des Guerres de Religions et l’influence inéluctable de l’Italie sur la France avec les unions de François II avec Catherine de Médicis et d’Henri IV avec Marie de Médicis, les souverains adoptèrent durant cette période un mode de vie à la française qui avait été initié lors de l’union de la Duchesse Anne de Bretagne à Charles VIII. Ce ne fut donc que sous Louis XIV qu’une prise de conscience de la nécessité d’impulser au cœur royaume plus de prestige resurgit.

Ce qu'est le Savoir-Faire

 

Avant de voir ensemble ce qui fonctionne encore aujourd’hui dans le modèle de l’excellence à la française propulsé par Louis XIV et consolidé par Louis XV, essayons d’en dessiner les contours.
Si on parle aujourd’hui d’excellence française à un étranger, il vous répondra sans tortiller : Mode, luxe et gastronomie. Maintenant, parler aujourd’hui d’excellence française si on ne gravite pas dans les sphères de compétitivité économique, c’est dangereux… mieux vaut lui choisir le terme de Savoir-Faire comme nous l’avions fait plus haut afin d’être certain de ne pas tomber des lieux communs mouvants… exit donc, dans notre approche, la French Touch et ses Start-up parties à la conquête du monde et qui font des émules…

Si on parle Savoir-Faire, on parle forcément aptitudes et excellence. Un ensemble de qualités exceptionnelles qui ont rendu le rayonnement de la France unique à travers le monde. Aptitudes à reproduire des gestes traditionnels issus d’un transfert ancestral de compétences, lui même modelé au fil du temps par l’innovation et la recherche de la qualité. Nous sommes bel et bien dans la transmission. Dans la transmission d’un savoir oui, mais aussi dans celui de valeurs fortes et enracinées dans la terre que nous foulons, celle qui a compris ce que l’histoire avait bien voulu lui livrer. Dans le respect des traditions et celui de la planète. La passion et l’intelligence du manuel font le reste de notre excellence à la française. Sans oublier non plus et surtout la créativité, sans laquelle nous n’aurions jamais pu nous réinventer !

Made In France & Staff

Alors comment se positionne-t-on chez Staff Décor ?

Nous le répétons souvent aussi humblement que nous le pouvons. Nous ne sommes pas staffeur. Nous sommes des fabricants au service de professionnels et de particuliers et nous sommes là pour démocratiser un matériau issu d’une technicité unique et d’un produit noble et naturel. Les signatures que nous apportons à nos produits à travers ce savoir-faire sont d’une richesse infinie que nous sommes déterminés à protéger vigoureusement.

Les professionnels du staff ont su se réinventer et se montrer indissociables des réussites en architecture intérieure ces dernières années.
Dans des musées, dans des Hôtels ou ressorts, dans des palais et dans des bâtiments publics, dans des centres commerciaux ou au cœur même des sièges sociaux des entreprises françaises et internationales, le staff s’est imposé. Imposé parce qu’il est noble, flexible, malléable et adaptable et surtout parce qu’il répond aux normes européennes actuelles en vigueur en matière de construction.

Alors oui, certes c’est une partie de notre patrimoine que le staff permet aux jeunes compagnons staffeur-ornemaniste de découvrir, quand ils se forment au métier, mais surtout les innombrables possibilités que le matériau offre au bâti contemporain. “C’est pas du tout avec l’environnement des châteaux et manoirs que j’ai découvert le staff. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’architecte d’un centre commercial à côté de chez moi pendant sa construction. J’ai toujours été attiré par le bâtiment. Quand j’ai compris que les colonnes monumentales étaient faites en staff, j’ai essayé d’en savoir plus… et voilà… CAP puis maintenant Brevet des métiers d’art volumes staff et matériaux associés… je compte continuer encore ensuite mais impossible pour moi de quitter le staff désormais !”, nous explique Thomas en pleine formation au métier de staffeur. “L’artisanat d’Art me permet de m’exprimer et de donner un sens à mon avenir. Je me dis que mes gestes sont faits depuis des siècles et veulent forcément dire quelque chose. Et ce que je fais n’est pas chimique et mauvais pour l’environnement. J’ai l’impression que mes valeurs sont seines et que mon apprentissage m’élève“.